Dans un monde où l’évolution a conduit les espèces à développer des capacités vocales variées, une récente étude a révélé une distinction fascinante : les singes surpassent significativement les humains dans l’art délicat du yodel, un chant aux variations vocales abruptes. Les résultats de cette recherche, publiés dans la revue Philosophical Transactions of the Royal Society B Biological Sciences, éclairent les capacités uniques des primates, qui possèdent des structures vocales absentes chez l’homme.
Un regard sur l’organe vocal des singes
Alors que les humains dépendent principalement de leurs cordes vocales pour émettre des sons, les singes bénéficient d’une caractéristique additionnelle : les membranes vocales. Ces membranes, extensions minces des cordes vocales, confèrent aux primates la capacité de produire des sauts de tonalité saisissants, caractéristiques du yodel. En revanche, l’évolution a conduit notre espèce à perdre ces membranes en échange d’une stabilité accrue du ton et du timbre de la voix humaine.
Les chercheurs se sont intéressés de près à ces spécificités anatomiques pour comprendre le rôle exact des membranes vocales chez les primates. Dans le cadre de cette enquête, des enregistrements sur le terrain ont été réalisés dans le sanctuaire de la vie sauvage La Senda Verde, en Bolivie, ciblant douze singes appartenant à six espèces différentes du Nouveau Monde.
Une exploration des capacités vocales
À l’aide d’enregistrements et d’analyses approfondies, l’équipe a découvert que trois des six espèces de singes étudiées utilisent deux modes distincts pour produire leurs sons :
- La première mode implique uniquement la vibration des cordes vocales, générant des sons de basse fréquence.
- La deuxième mode utilise à la fois les cordes et les membranes vocales, permettant d’atteindre des sons plus aigus.
Cette capacité à basculer entre ces deux modes crée des interruptions brusques, rendant les appels vocaux des singes similaires au yodel tout en s’étendant sur une gamme de fréquences bien plus large que celle des voix humaines. Les « ultra-yodels » des singes peuvent atteindre des sauts de fréquence jusqu’à cinq fois plus grands que ceux réalisables par les humains.
Implications sociales et biologiques
Cette aptitude pourrait avoir des implications significatives pour les primates qui, en raison de leur vie sociale complexe, ont besoin de communiquer de manière diversifiée. Jacob Dunn, co-auteur de l’étude et professeur de biologie évolutive à l’Université Anglia Ruskin de Cambridge, suggère que cette capacité a potentiellement évolué pour enrichir le répertoire vocal des animaux. Elle pourrait être utilisée pour attirer l’attention, diversifier les appels, ou même s’identifier au sein d’un groupe.
Cette recherche ouvre de nouvelles perspectives sur notre compréhension des mécanismes de la communication vocale chez les animaux et pose des questions intrigantes sur l’évolution des capacités vocales humaines. En l’absence de membranes vocales, les humains ont dû développer d’autres stratégies pour varianter leur communication vocale, ce qui peut expliquer certaines singularités de la parole humaine, telles que les tons stables et les harmonies complexes.
Avec cette découverte, il devient clair que les capacités vocales des singes offrent un aperçu fascinant sur les chemins évolutifs divergents pris par différentes espèces. Cela nous rappelle également que l’évolution des espèces est un processus en constante adaptation, façonnant des caractéristiques uniques qui répondent aux besoins spécifiques des écosystèmes et des structures sociales dans lesquels elles évoluent.